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Les Pardons de Locronan, roman

26 avril 2013

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LIRE UN EXTRAIT DU ROMAN: - C’est un garçon ! s’exclama la commère en brandissant à bout de bras le nouveau-né dont elle venait de trancher le cordon d’un geste sec. Comment vous allez l’appeler ? Au carillon de l’église, les douze coups de minuit venaient d’égrener leurs tintements joyeux. - On est déjà le 25, reprit l’accoucheuse en ligaturant le cordon du petit. C’est Noël ! En ce cas, vous avez pas le choix. Faut l’appeler Nedeleg[1] ! Barbe Le Cam tourna la tête vers l’enfant à qui elle venait de donner le jour. L’accouchement avait été long et douloureux. On aurait dit qu’on lui transperçait le ventre, qu’on lui enfonçait un long tison enflammé dans les entrailles. Si la maison n’avait pas été excentrée, ses cris auraient alertés tout le village. Heureusement, la commère était venue dès les premières contractions. C’est elle qui, en l’absence des médecins et sages-femmes n’officiant que dans les grandes villes, libérait les parturientes de toute la région. Elle savait y faire, depuis le temps. Faire bouillir l’eau, palper le ventre rond pudiquement recouvert d’un drap blanc, mesurer l’ouverture des voies naturelles en s’aidant des trois doigts dressés de sa main droite, exhorter la femme en travail à pousser, pousser, pousser… Lorsque le fœtus pointait enfin l’extrémité de son crâne, l’affaire était presque gagnée. Il suffisait de l’envelopper de ses mains arrondies en conque, de l’accompagner, le guider, le tirer à elle. Tout englué de placenta, le bébé jaillissait du cocon maternel comme une source souterraine trop longtemps contenue. Elle avait fait ça cent fois, sans jamais une seule complication. - Il est tout bleu, remarqua la mère, déjà inquiète. Il est bien vivant ? Parfois, les enfants étaient déjà morts dans le ventre de leur mère. Ceux-là étaient les plus difficiles à sortir, car ils n’aidaient pas. D’autres fois, ils décédaient dès les premières heures, ou les premiers jours. Pour cinq nouveau-nés, un au moins s’en retournait aussitôt dans les limbes. Mais l’accoucheuse n’y était pour rien. Elle, elle n’était qu’une passeuse, elle aidait les petits d’hommes à franchir la porte de la vie. Ce qui arrivait ensuite ne la regardait pas. Dieu donnait, mais pouvait reprendre aussitôt. C’était comme ça, et rien ni personne ne pouvait aller contre. - C’est normal, répondit la commère en basculant le poupon la tête en bas et en lui claquant les fesses pour provoquer les vagissements. Ils sont toujours comma ça, au début. Des fois, ils sont écarlates comme des lapins qu’on vient d’écorcher. J’en ai même vus des violets. On aurait dit des betteraves. Mais après, ils sont tous roses comme des porcelets. La matrone abattait vigoureusement sa main droite sur l’arrière-train du bambin, mais ce dernier ne condescendait toujours pas à crier. - Ca, c’est bizarre, fit-elle en fronçant les sourcils, qu’elle avait épais et noirs, se rejoignant au-dessus des yeux. Il a l’air en pleine santé, il gigote tant qu’il peut, mais on dirait qu’il a perdu sa langue. Quand je leur flanque la rouste, ils se mettent à brailler comme des porcs qu’on égorge. Mais là, pas un bruit. Ma foi, ça finira bien par lui venir, comme aux autres. Après tout, c’est l’enfant du miracle… « L’enfant du miracle ». Ainsi avait-on surnommé, dès avant sa naissance, le rejeton de Barbe Le Cam. Il est vrai qu’elle avait depuis longtemps passé l’âge d’être grosse. Et son homme, Eliaz Le Cam, n’était pas non plus un perdreau de l’année. Certaines mauvaises langues avaient fait leur miel de cette fécondité tardive, déblatérant à l’infini sur les pratiques obscures qui avaient pu y présider. Il faut dire qu’Eliaz était sourcier de son état. Sourcier et sorcier, c’est presque pareil. Celui qui ressent le passage de l’eau souterraine, qui sait en déterminer le chemin et le débit avec le seul soutien de sa baguette de coudrier, sait aussi guérir les zonas, calmer les brûlures, déterminer à l’avance le sexe des enfants. Il parvient à distinguer les trois cents espèces de furoncles et préconise les sources précises qui les guériront. Il connaît les choses secrètes, enfouies tout au fond de la matière ou du cœur des hommes. Il est le maître des mystères. Cela lui confère sur le monde et les gens un pouvoir formidable. Y compris celui de redonner vigueur à un ventre stérile. Le recteur de la paroisse avait fait taire ces racontars en invoquant, au cours d’un prêche, l’exemple de Sarah qu’Abraham avait engrossée alors qu’elle avait près de cent ans. Isaac était né de cette union improbable. Les desseins de Dieu sont impénétrables. - Je peux le tenir un peu ? quémanda Barbe, malgré l’extrême lassitude qu’elle éprouvait après ces heures de lutte avec cette part d’elle-même qu’elle était enfin parvenue à expulser. - Faut que je le baigne, d’abord, fit la commère en plongeant le moutard dans l’eau tiède. Et puis que je lui masse la tête, pour pas qu’il se retrouve avec un crâne allongé. Après, je dois le langer, en lui serrant très fort les jambes et les reins. Vous voulez pas d’un bancal ou d’un boiteux, pas vrai ? C’était l’usage, en effet, d’emmailloter étroitement le corps des nouveau-nés dans des langes et des bandelettes pour leur « donner la forme », leur fortifier les membres et les empêcher d’avoir mal au ventre. On les plaçait ensuite dans un berceau qu’ils ne quittaient pas avant d’avoir dépassé leur première année. La mère les allaitait, les changeait, les berçait en leur chantant des comptines tout en filant sa quenouille, les emportait dans un panier qu’elle accrochait à une branche d’arbre lorsqu’elle devait travailler aux champs. Ce n’est qu’au cours de la deuxième année que les enfants étaient démaillotés et, lorsqu’ils commençaient à marcher, accoutrés d’une robe brodée, qu’ils soient filles ou garçons. Ces derniers n’avaient droit au pantalon rayé, à la veste courte et au chapeau de velours que lorsqu’ils avaient six ou sept ans révolus. - Et Eliaz ? Qui c’est qui va le prévenir ? argumenta encore Barbe, qui se sentait soudain très seule, sans son bébé dans le ventre ni son mari à ses côtés. - Vous en faites pas ! la rassura la commère en appliquant ses deux pouces sur les tempes de l’enfançon pour lui modeler le visage. La cloche a sonné. Le petit Jésus est né. La messe est bientôt terminée. Votre Eliaz, il aura un beau cadeau à son retour ! Les pères n’assistaient jamais à l’accouchement de leurs épouses. C’était là une affaire de femmes dont ils étaient exclus. Ils ne pouvaient tenir leur enfant dans les bras que lorsqu’il était présentable, dûment lavé et correctement langé. La commère interrompit son massage et, avec un clin d’œil à l’attention de Barbe, ajouta : - Eh ! Votre Nedeleg, il va p’t’être entendre le langage des oiseaux, qui sait ? Après tout, c’est la noz petquent… La noz petquent, « La nuit des merveilles » : ainsi nommait-on la veillée de Noël, où des évènements extraordinaires avaient lieu. Entre le premier et le douzième coup de minuit, les cromlec’hs dansaient en rond le dans an dro au sommet des montagnes chauves, tandis que les menhirs s’arrachaient tous seuls de leurs socles et s’en allaient boire dans les rivières ou l’océan, laissant à qui voulait l’occasion de s’emparer des trésors qu’ils recelaient. Mais à peine le douzième coup sonné, ils reprenaient leur place et écrasaient le voleur trop gourmand qui avait tardé à quitter la cachette. Dans la baie de Douarnenez voisine, on entendait retentir les cloches de la ville d’Ys engloutie sous les flots. On disait que saint Corentin venait, comme chaque année, célébrer la messe de minuit dans la cathédrale submergée pour les habitants maudits réduits à l’état d’âmes en peine. Il aurait suffit qu’un mortel suffisamment courageux pour plonger dans les flots noirs assiste à la messe fantôme et prononce à son issue ce simple mot : « Amen », pour qu’Ys ressurgisse au grand jour dans toute sa beauté et devienne la capitale, non seulement de la Bretagne, mais de la France entière. On disait aussi que, cette nuit-là, les animaux se mettaient à parler couramment le langage des hommes, et proféraient des vérités qui n’étaient pas toujours bonnes à entendre. Et les enfants nés durant la nuit des merveilles avaient le pouvoir de comprendre le langage des oiseaux, qui est un langage de sagesse et de vérité. Tout cela, bien sûr, c’étaient des légendes, et l’on y croyait sans y croire. Mais on ne sait jamais… Le monde est plein de mystères que l’homme ne soupçonne même pas. - Voilà, il est propre comme un sou neuf ! s’écria la commère en serrant le nouveau-né contre sa poitrine généreuse. Il sait pas pleurer, mais à part ça c’est un beau p’tit gars que vous avez là. Et ces yeux ! Vous avez vu ces yeux ? La matrone approcha l’enfant de sa mère, sans le lui confier, cependant, afin qu’elle contemple le regard profond qu’il portait déjà sur le monde. Barbe amorça un geste de recul. Ces yeux n’étaient pas ordinaires. C’étaient des yeux immenses, baignés d’un bleu presque noir. Des yeux étrangement fixes, qui ne cillaient pas. - Retirez-le ! bafouilla la mère en frissonnant. Je veux pas le voir. Il me fait peur ! La commère s’étonna de cette réaction mais n’en montra rien. Certaines mères, même si elles étaient rares, rejetaient leur progéniture après avoir mis bas, comme le font certains animaux. Il s’agissait la plupart du temps d’un état passager qui se dissipait aussi vite que les nuées courant dans le ciel. Après avoir dormi et récupéré leurs forces, elles réclamaient leur bambin à cor et à cri et le bichonnaient comme s’il s’agissait de la huitième merveille du monde, ayant complètement oublié leur refus premier, niant même l’avoir exprimé si on le leur rappelait. Tout finissait par rentrer dans l’ordre. Il suffisait d’être patient. - N’empêche, pour un beau gars, c’est un beau gars, reprit la commère en allongeant le bébé sur la table de la cuisine afin de l’emmailloter à son aise. Et qui a déjà son caractère. Il fera parler de lui un jour ou l’autre, j’en mettrais ma main au feu. C’est pas un gars comme les autres. Il est… comment dire… spécial. Oui, c’est ça. Il est spécial, ce gamin. C’est pas étonnant, cela dit. Pour être né une telle nuit, faut déjà avoir une petite idée de ce qu’on va faire de sa vie…. Hein, Nedeleg ? Barbe s’était retournée sur le côté, les yeux dirigés vers le mur, les mains posées sur son ventre apaisé. Elle essayait de ne penser à rien, de ne pas écouter les vaticinations de la commère, de s’endormir pour tout oublier, jusqu’à l’existence-même de l’enfant du miracle, en qui elle ressentait le poids d’une obscure malédiction. Nedeleg ne pleurait toujours pas, malgré les bandelettes avec lesquelles la commère l’entravait comme si elle ficelait un gigot. Ses yeux immobiles étaient fixés sur sa mère qui feignait de l’ignorer.

LES LAVANDIERES DE BROCELIANDE, aux Editions VDB

4 octobre 2012

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Mon roman Les Lavandières de Brocéliande, paru en mai 2012 chez Calmann-Lévy, collection “France de toujours et d’aujourd’hui”, déjà vendu à 8000 exemplaires, vient de sortir chez VDB en édition gros caractères, après une publication au Grand Livre du Mois.

Les Lavandières de Brocéliande, roman

31 mai 2012

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Mon  roman Les Lavandières de Brocéliande, est paru le 9 mai 2012 chez Calmann-Lévy. 8000 exemplaires vendus en première édition, publication au Grand Livre du Mois et Editions VDB (gros caractères) http://www.editions-calmann-levy.com/livre/titre-425757-Les-Lavandieres-de-Broceliande.html http://www.amazon.fr/Les-Lavandi%C3%A8res-Broc%C3%A9liande-Edouard-Brasey/dp/2702143229/ref=sr_1_sc_1?ie=UTF8&qid=1336573498&sr=8-1-spell Les Lavandières de Brocéliande Edouard Brasey Le destin d’une lavandière dans une Bretagne enveloppée de superstitions et de légendes. Au lavoir de Concoret, petit village en [...]

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